Contexte et Participants La vidéo présente un débat animé par Dr. Fatoumata Sy Diallo, présidente de la Fondation ED. Elle réunit trois experts pour discuter de la fragilité des constitutions africaines et du recul démocratique sur le continent :

  • Dr. Christopher Fomunyoh (National Democratic Institute)

  • M. Ibrahima Niane (Expert en droit parlementaire, Sénégal)

  • Dr. Mathurin Houngnikpo (Chercheur indépendant, spécialiste en gouvernance)

Points clés de la discussion :

  • Le recul de la démocratie : Dr. Fomunyoh souligne que la démocratie en Afrique est moins robuste aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Les acquis des années 90 (nouvelles constitutions, limitation des mandats) sont remis en cause par des modifications constitutionnelles visant à maintenir les dirigeants au pouvoir, créant un décalage avec les aspirations des populations qui, selon les sondages (Afrobarometer), réclament l’alternance [08:26].

  • Le problème des hommes, pas des textes : M. Niane insiste sur le fait que ce ne sont pas tant les constitutions qui posent problème, mais les “hommes” qui les animent. Il explique que les dirigeants respectent souvent la lettre de la constitution tout en violant son esprit pour s’éterniser au pouvoir. Il évoque aussi l’idée d’une démocratie issue d’une “marche forcée” après le discours de La Baule, parfois adoptée sans conviction réelle [28:34].

  • La rupture du contrat social : Dr. Houngnikpo aborde la perte de la “sacralité” de la loi fondamentale. Il note un mépris des dirigeants envers le peuple une fois élus, brisant le contrat social. Il rappelle que même dans l’Afrique traditionnelle (chefferies, monarchies), il existait des contre-pouvoirs et des règles que le chef devait respecter, une culture de la limite qui semble avoir disparu [22:57].

  • L’impuissance des organisations régionales (CEDEAO/UA) : Les panélistes critiquent la faiblesse des réactions de la CEDEAO et de l’Union Africaine face aux “coups d’État constitutionnels” (changement de constitution pour un 3ème mandat), contrairement à leur fermeté face aux coups d’État militaires. Ils rappellent que ces organisations sont à l’image de leurs États membres, agissant parfois comme un “syndicat de chefs d’État” plutôt que comme des gardiens des principes démocratiques [37:41].

En somme, ce webinaire dresse un constat sévère : malgré des textes constitutionnels existants, la culture politique et la pratique du pouvoir en Afrique souffrent d’un déficit de respect des règles établies et d’une déconnexion croissante entre les gouvernants et les citoyens.